Partager l'article ! 3 - Il faut aussi que je vous parle de Robin...: ... mon ami Robin, qui a lui même, dans sa besace, de quoi me fournir quelques ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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... mon ami Robin, qui a lui même, dans sa besace, de quoi me fournir quelques anecdotes croustillantes pour illustrer ma lettre de démotivation.
Robin, c'est mon acolyte de fac. On a séché les cours d'IEJ (1) ensemble, "révisé" l'examen d'entrée au CRFPA ensemble et toujours dans un bel ensemble, on a intégré l'Ecole du Barreau, avec la
même note ! Au centième près ! (Un pur hasard, je précise pour les esprits soupçonneux).
Outre mon psychanalyste des profondeurs (imbattable pour dresser un portrait psy saisissant de moi-même et de mes petits copains), mon assistante sociale (le fils
de Huggy les bons tuyaux et de Jo la débrouille, c'est lui ; aucune bourse, aucune allocation, aucune aide financière n'a jamais résisté à sa prose déchirante et à sa déclaration de revenus
à bulle), mon voyant personnel (il me transmit même, par écriture automatique, quelques messages émanant de mon arrière-grand-mère décédée !), il fût pour moi (et là je redeviens tout à fait
sérieuse), il fût pour moi un soutien moral indéfectible pendant toute cette année mouvementée à l'Ecole du Barreau de Limoges où l'on tentait de nous apprendre à devenir de bons petits Avocats
bien dressés, le doigt sur la couture du pantalon. Et de nous inculquer les règles déontologiques de cette noble profession: la conscience, la dignité, l'humanité, la courtoisie, et j'en passe.
Enfin, si papa et maman n'ont pas fait leur boulot, c'est un peu tard à mon avis. Mais ceci est un autre débat.
Comprenons-nous bien. Je ne veux pas, comme ça, de but en blanc, faire preuve d'ironie désobligeante ou m'embourber dans de grossières généralités. Cela me décrédibiliserait d'entrée de jeu et ce
n'est pas ce que je veux. Mes démotivations sont sérieuses, et je tiens à ce qu'elles soient accueillies comme telles. Je précise donc que certains Avocats sont très attachés à ces valeurs qu’ils
respectent, sans aucun doute. Et font tout leur possible pour en demeurer les fidèles serviteurs.
J'en veux pour exemple percutant, l'Avocat chez qui Robin a effectué son stage de deux mois: Maître N. . Un pur, fervent adepte et défenseur de l'ordre moral, des
bonnes manières et des anciennes valeurs. Un poil engoncé, peut-être, dans un catéchisme et quelques concepts aristo-royalistes (mal digérés), mais tout de même, "Lauréat de la faculté",
c'est écrit sur sa plaque.
Bon, il est vrai que Robin n'a pu assister à aucun entretien avec la clientèle durant ces deux mois de stage, et que l'essentiel de son travail a consisté à éplucher chez lui une pile de dossiers
chiants comme la pluie, sur lesquels Maître N., flairant la faille narcissique, l'a mis au défi de conclure.
Mais là n'est pas l'essentiel. Robin a également appris à manger son croissant avec une fourchette, ainsi que quelques règles grammaticales insoupçonnées de la langue française ; et
notamment qu'il était possible de s'exprimer à la première personne (du pluriel):
"C'est avec grand plaisir que Nous vous accueillons dans Notre Cabinet…
- Qui Nous ? Vous et la plante verte ?
- Et bien Nous ! Ma personne ! Notre Cabinet !"
Maître N. serait-il en proie à quelque dédoublement schizophrénique de personnalité, tel Gollum luttant contre son double maléfique dans le Seigneurs des Anneaux ? Mais, ne soyons pas moqueur, il
faut bien le reconnaître, même si l'effet est des plus surprenant au départ : c'est quand même le comble du raffinement linguistique, le summum de l'élégance littéraire, que dis-je, le
fleuron de la distinction oratoire ! La classe quoi ! Ou plus simplement, peut-être, une façon de se "vous-voyer" soi-même… Même Monsieur DELON n'y avait pas pensé.
Robin a aussi vu du pays. Il a notamment effectué un petit voyage à Versailles aux côtés de Maître N. qui, après un entretien de quelques minutes avec un important client, lui a fait une visite
guidée en règle des jardins du plus célèbre château de France. Pour la petite histoire, je me trouvais à ce moment là au tribunal de police où le juge était au bord de la crise de nerf: "Où est
Maître N. ! Quelqu'un peut-il aller le chercher ! On ne va pas encore renvoyer son affaire !".
Pour achever cet hommage inspiré, sachez que notre Homme, soucieux peut-être de donner un peu de consistance à ce Nous qui lui est si cher (ou d'épuiser son stock de dossiers maudits),
proposera plus tard à Robin un poste de collaborateur dans son Cabinet. Plus vraisemblablement, il cherche un successeur, un Noble Avocat susceptible de reprendre le flambeau pour qu'il puisse
enfin, après ces années de combat au côté de la veuve et de l'orphelin, réaliser son rêve d'enfance: se lancer dans une carrière d'investisseur immobilier (devenir rentier quoi). Mais Robin
déclinera poliment, souhaitant manifestement conserver le droit de manger ses croissants "à la sauvage".
(1) Institut d'Etudes Judiciaires : vise à la préparation de l'examen d'entrée au CRFPA et au concours de la magistrature.
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