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A PROPOS

J’ai décidé de publier sur ce blog, pour le fun mais aussi à titre informatif, le petit mémoire que j’ai écrit il y a deux ans et qui retrace la recherche d’emploi dans laquelle je me suis lancée à la fin de mes études entre novembre 2005 et fin 2006. A cette époque, j’avais 25 ans et je venais d’obtenir le CAPA (Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat). A force d’accumuler les déconvenues et d’être confrontée à des situations toutes plus grotesques et ubuesques les unes que les autres, j’ai fini par me dire que ça valait le coup de regrouper ces anecdotes et de raconter cette expérience de manière humoristique. Je me suis vraiment beaucoup amusée à cet exercice qui m'a aussi permis de prendre une distance apaisée avec mon vécu. J'ai également pensé qu'exprimer mes réactions "à chaud" et sans langue de bois sur la profession d'avocat, profession assez fermée et souvent objet de fantasmes et d'idées préconçues, pourrait être instructif pour le public en général et plus particulièrement pour les jeunes qui songeraient à embrasser cette carrière.

Quelques temps après avoir achevé l’écriture de ce petit « livre », j’ai finalement trouvé un poste et j'ai commencé à exercer en tant qu’Avocate début 2007. J’ai quitté ce premier emploi en fin d’année 2008 après deux années de collaboration. J’ai décidé hier de commencer l’écriture d’un 2e tome retraçant cette fois-ci cette première expérience professionnelle, qui vaut également son pesant de cacahouètes. Le style sera probablement différent, en adéquation avec ce que je suis aujourd’hui, mais dans cette même optique de conserver une trace de ce vécu, tant qu’il est encore frais dans mon esprit. Ce sont des détails, de petites phrases, des anecdotes, souvent, qui permettent d’appréhender une réalité et de faire tomber les masques. Mon vécu est très certainement proche de celui de tas d’autres personnes, même travaillant dans d’autres secteurs, mais il est si difficile, surtout quand on est jeune et qu’on débute, de se dégager de certains conditionnements et d’éviter les pièges d’un système pervers. La plupart font bonne figure. Bien que ça ne m’ai pas évité tous les chocs, j’ai eu la chance d’être un peu mieux préparée à tout ça, peut-être, que d’autres, ma mère étant elle-même dans la profession et ayant travaillé dans des contextes très similaires à ceux que j’ai rencontré (atavisme ?:).

Mais je commence à peine ce tome 2 et j’espère pouvoir trouver les mots et le temps pour le mener à terme. En attendant, je propose donc de publier le tome 1 sous forme de billets réguliers, dont le contenu est bien entendu protégé, ce qui me permettra également de l’améliorer au fur et à mesure, la première version ayant été écrite d’un trait sans relecture.

Afin de préserver l’anonymat des personnes évoquées, tous les noms et les lieux ont été modifiés. Pour le reste, tout est réel.

Très bonne lecture à ceux qui souhaiteront me lire !

Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 09:48

... par ricochet, alors que je n'ai même pas commencé à chercher. Paris, ça ne me branche pas trop a priori, mais je ne suis fermée à rien. Je ne sais pas ce que je veux, je ne sais qu'une chose, je cherche du boulot, et comme il faut bien préciser un minimum: je cherche une collaboration chez un Avocat. Voilà. Donnons-nous une direction.
 
Et puis, ça a l'air d'être du sérieux, le Cabinet à l'air réputé et le patron potentiel, Maître T., ancien Président d'une célèbre association, est éminent dans un domaine qui stimule ma fibre rebelle et combative !

Bref, ça vaut le coup de chercher à en savoir plus. Je rédige donc un mail, où j'explique bien que je viens de la part de truc qui a transmis à machin après avoir su que bidule etc, et où je demande quelques informations supplémentaires:

 

" Etant actuellement à la recherche d'une collaboration, je me permets de vous écrire, mais j'ignore cependant le niveau d'expérience souhaité pour ce poste.

 J'ai 24 ans et je viens d'obtenir le CAPA. Je suis titulaire d'un DEA en droit des affaires et j'ai effectué mon stage de deux mois dans un Cabinet généraliste, spécialisé dans le droit pénal. Je suis ouverte à toute proposition, mais je recherche en priorité un poste de généraliste afin de compléter ma formation de la manière la plus large possible.

 Je vous remercie de l'attention que vous voudrez bien porter à ma lettre et me tiens à votre disposition pour tous renseignements supplémentaires ou si vous souhaitez que je vous fasse parvenir un CV."

 Et la réponse arrive, immédiate et au delà de toutes mes espérances :

"J'ai bien reçu votre mail. Votre profil répond parfaitement à notre attente. Je suis donc dans l'attente de votre CV, ainsi que d'une lettre de motivation adressée à Maître T. .


Anne D.

Avocat"

 

Toute contente, je m'empresse de rédiger mon premier CV et ma première lettre de motivation. Le CV ne me pose pas trop de problèmes, j’en connais à peu près les standards. Pour la lettre, il paraît qu’il faut impérativement qu'elle " accroche " dès les premières lignes. Je songe alors à l’histoire de ce type qui postulait chez Disney et qui, pour avoir une chance d’attirer l’oeil avant la case " poubelle ", avait eu la géniale idée de rédiger sa lettre de motivation de manière à ce que le corps du texte forme une tête de Mickey. Le recruteur était aux anges. Inutile de préciser que celui-là avait " décroché " un entretien. " Accrocher " pour " décrocher ", c’est un véritable exercice d’alpinisme ma parole. Peut-être alors pourrais-je essayer de dessiner une balance avec mon texte ? Ou une robe d’Avocat avec une petite bavette blanche ? Mais j’abandonne vite l’idée. Si, dans le cadre d’un recrutement pour un parc d’attraction, il est de bon ton de faire valoir ses talents de clowns pour être pris au sérieux, je doute que ce soit le cas dans le milieu de la Justice. Là, je miserai plutôt sur la sobriété avec une pointe d’originalité, mais pas trop quand même. Ce n’est pas l’armée, mais les Avocats sont organisés en Ordres, ne l’oublions pas.

Je prends donc mon temps pour écrire mon texte. Je choisis consciencieusement les mots, respectueux mais pas serviles. Je ne sais pas me vendre, en tout cas pas au sens où l’entendent les magazines ou autres prétendus spécialistes en management qui nous abreuvent de conseils débiles. Cet imaginaire collectif bêtifiant autour des choses à faire ou à ne pas faire, à dire ou à ne pas dire, lors d’un recrutement, me sort par les trous de nez. Le but est-il de tester le potentiel des candidats à jouer les chiens de cirque ?

Alors j'essaie dans ma lettre de mettre en avant ce qui me semble important, une certaine "colonne vertébrale". J'essaie surtout de rester moi-même et d’éviter les clichés convenus et autres formules toutes faites qui donnent l’impression qu’on est allé copier-coller un modèle stéréotypé sur internet avant de remplir les blancs avec deux ou trois infos personnelles.

J'essaie aussi d'expliquer un peu mes choix, mon parcours. "J'ai entrepris des études de droit parce que cette matière me permettait à la fois d'élargir ma culture générale et de développer mon esprit critique", "J'ai par la suite choisi d'orienter ma formation vers le droit des affaires, suivant en cela le parcours de ma mère, elle-même Avocat spécialisé en droit des sociétés".

Une belle lettre manuscrite, que je scanne même, pour l'envoyer par mail avant envoi postal, avec une belle lettre d'accompagnement adressée à Maître Anne D. qui transmettra ensuite à Maître T. : "Je vous remercie infiniment de votre réponse à mon courrier électronique du 30 novembre. Comme vous le souhaitiez, je vous fais parvenir ci-joint (…)".

Par TP
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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 09:01
Repos.
Par TP
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 10:39

 

... de Maître T.

Ca y est, je m'y suis mise. J'ai commencé à envoyer des candidatures spontanées à des Cabinets. J'ai ciblé les Barreaux de ma région, des régions périphériques et de quelques villes du sud, notamment Antibes où mes grands-parents possèdent un logement. Je récupère la plupart des adresses e-mail de Cabinets directement sur les sites des Barreaux sur lesquels figurent souvent des annuaires. On peut sélectionner les Avocats qui exercent dans certaines spécialités, ou un secteur géographique dans le ressort d'un Barreau précis. Il y a même parfois, dans les annuaires, des adresses internet qui permettent d'accéder à des sites de présentation des Cabinets. Je passe plusieurs matinées à envoyer des mails, avec mon CV et une lettre de motivation en pièces jointes. Comme j'aime bien faire les choses correctement (ma maman m'a bien éduquée) je prends la peine de personnaliser chaque lettre, en mettant l'adresse du Cabinet visé et en modifiant un peu le contenu, en développant différents éléments et aspects de mon profil en fonction du domaine d'exercice et des attentes supposées du destinataire.


Et je garde, bien entendu, un exemplaire de mon envoi, auquel je m'empresse de joindre, dès réception, la réponse de mon correspondant (la pêche n'est pas bien fructueuse, mais ce n'est qu'un début, et puis je suis à peu près motivée). Le tout bien classé, bien rangé, pour que je m'y retrouve. Et que je sache un peu qui m'a répondu et qui ne l'a pas (encore) fait. Les gens sont polis, la moindre des choses est de répondre, même si cette réponse est négative, et je ne doute pas qu'ils vont le faire. Je crois avoir déjà précisé que ma maman m'avait bien éduquée.


Il y en a même qui en font un petit peu plus, je trouve ça sympa. Encourageant. Sympa.


"Chère Mademoiselle, je vous remercie de l'attention portée à mon Cabinet mais ne puis malheureusement y donner une suite favorable, aucun poste n'étant actuellement disponible. Je vous invite à vous
rapprocher de mon Confrère, Maître TARTEMPION, chargé de collecter les offres et les demandes de stage. Votre bien dévoué."


C'est sympa.

 
Autre angle d'attaque. Je laisse des petites annonces, avec ou sans CV, sur différents sites internet, celui du CNB (1), Recrulex, Le village de la justice, Monster.fr, Cadreemploi.com… J'essaie d'être la plus ouverte possible quant à ma recherche. Je ne sais toujours pas ce que je veux. Droit pénal ou Droit des affaires ? Statut libéral ou salarié ? Près ou loin de chez moi ? Paris ou pas Paris ? Généraliste ou spécialiste ? Petit ou grand Barreau ? Petite ou grande ville ? Pour l'instant, tout ce que je sais c'est que je cherche une collaboration dans un Cabinet d'Avocat. Voilà. Ca me semble logique. Prometteur. Motivant.

Suite aux annonces que j'ai publié, je commence à établir quelques contacts qui me laissent, si ce n'est déroutée, tout du moins perplexe. Mais les expériences sont somme toute assez amusantes et me permettent de commencer à découvrir, de mon point de vue un peu innocent, l'incroyable diversité de la faune qui arpente le marché de l'emploi.

Le 20 janvier, je reçois un mail d'une personne qui a vraisemblablement lu une de mes annonces:

"Chère Madame, je suis à la recherche d'une collaboratrice pour mon Cabinet secondaire situé dans le Loir et Cher. Pourriez-vous avoir l'obligeance de contacter mon Cabinet parisien au XXXXXXXXXX afin de laisser vos coordonnées pour que nous puissions vous joindre. Votre bien dévouée."


Etrange. Je ne comprends pas bien le sens de la démarche. Je peux très bien lui mettre mes coordonnées dans un mail en retour qu'elle transmettra elle-même à son Cabinet parisien si elle le souhaite. Ou qu'elle n'aura même pas besoin de transmettre d'ailleurs puisque c'est elle qui cherche un collaborateur. Pourquoi appeler son Cabinet pour donner des coordonnées qui vont ensuite lui être transmises pour qu'elle me rappelle finalement, alors même que j'avais laissé mon numéro de portable dans toutes mes annonces. Un peu sceptique, j'appelle quand même le Cabinet parisien et laisse mon nom et mon numéro à une secrétaire qui n'a franchement pas l'air de savoir de quoi il s'agit.


Je n'aurais jamais de nouvelles de cette brave Avocate qui, pourtant, continue encore à ce jour à diffuser son offre de collaboration sur divers sites.



 

(1) Conseil National des Barreaux : organe central institutionnel qui représente la profession d'Avocat au niveau national notamment auprès des pouvoirs publics, et chargé d'une mission d'unification des règlements intérieurs des Barreaux et d'harmonisation en matière de formation.


Par TP
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 10:46

... de candidatures spontanées par mails. C'est que je suis motivée ! Mais rapidement, il faut dire la vérité telle qu'elle est : je n'en peux plus. Oui oui, ça me gonfle, parfaitement. Je suis motivée, mais j'ai mes limites ! Ca devient mécanique, répétitif, et… terriblement chiant. Je me tape un mal de crâne carabiné à chaque fois. Et pourtant, je suis de plus en plus organisée et donc de plus en plus efficace et performante au niveau du nombre de mails envoyés à la demi-journée.

Je commence en effet à développer une véritable technique, assise sur une stratégie de déploiement tentaculaire d'envergure nationale. Je ne fais plus dans la dentelle. Je bombarde à grande échelle. Je dois toucher le maximum de cibles, il en restera toujours quelque chose. Mais il faut de l'organisation. Et de la méthode. J'en ai à revendre. Motivation oblige. Et je m'améliore de jour en jour.


J'ouvre d'un côté l'annuaire, de l'autre l'interface d'envoi de mes mails. Je fais un copier-coller des différentes adresses internet en ouvrant à chaque fois un mail différent. Je peux ainsi en entasser une trentaine sur l'écran de mon ordinateur. Pas plus, sinon ça finit par buguer. Floppy (1) aussi a ses limites. Je fais ensuite un copier-coller du message standard que j'envoie en guise d'introduction à ma démarche, je le copie-colle dans tous les mails qui s'entassent à nouveau dans un autre coin de mon écran. Rebelotte pour remplir la case "sujet". Dans ce domaine, je pars du principe que la simplicité et la sobriété paient. Donc, au choix, selon l'humeur du jour : "Collaboration", "Poste d'Avocat" ou "Candidature spontanée". C'est clair, précis, on sait de quoi il s'agit avant même d'ouvrir le mail, ce qui est le but de la case "sujet". Un petit copier-coller à la chaîne et le tour est joué. Objectif atteint, n'en parlons plus.


Il s'agit ensuite de joindre le CV et la lettre de motivation (j'ai dû à regret renoncer à mettre l'adresse du Cabinet en tête de la lettre et je me suis arrangée pour faire un modèle standard qui colle à toutes les situations, rentabilité oblige). Je mets ici en œuvre une technique de synchronisation cérébro-digitale combinée qui ne devient vraiment efficace qu'après une ou deux matinées de pratique assidue. C'est la répétition du geste qui crée l'habileté à la tâche. Il s'agit de cliquer successivement, dans l'ordre et sans se tromper (sinon c'est dramatique, on ne sait plus où on en est, on s'embrouille, on envoie deux fois à la même personne, on oublie la pièce jointe ou on zappe le sujet), sur les dossiers et onglets suivants: "Joindre une pièce", "Parcourir les fichiers", "Mes documents", "Recherche d'emploi", "Curriculum vitae", "OK". Et même chemin pour la pièce jointe "Lettre de motivation". Cette opération qui demande au départ une certaine concentration et un effort de réflexion certain, peut s'effectuer, une fois votre bras familiarisé avec la combinaison des clics de la souris et des mouvements du curseur, en cinq ou six secondes.


Voilà enfin, votre trentaine de mails, prêts à l'envoi. Encore faut-il que chaque pièce jointe se télécharge, ce qui prend au moins une ou deux minutes pour chaque mail. Oui, bien sûr que j'ai songé à l'envoi groupé, bien sûr, bien sûr… Mais je me suis dit que franchement, ça le fait pas pour un employeur, de voir que la candidature qu'il reçoit a été adressée sous la même forme à vingt-neuf autres destinataires. D'où, le supplice du téléchargement (sans ADSL).


Là, ce que je conseille, c'est de mettre l'ordinateur à proximité de la télé, et de se visionner en même temps une petite émission sympa sur la première chaîne ou un petit film en DVD. Il faut aussi penser à activer le son du PC, de sorte qu'un bip mélodieux vienne vous tirer de votre torpeur télévisuelle pour vous signaler qu'il est temps de lancer l'envoi et le téléchargement suivant.


Voilà, cette méthode a donc occupé quelques matinées de mon existence, jusqu'à ce que je frôle l'implosion. Car contrairement à ce qu'on peut croire quand on se lance naïvement dans une recherche de collaboration, cette méthode, et bien, elle marche pas. Je ne reçois environ qu'une réponse (négative) pour dix envois.


"Je suis désolé de ne pouvoir accueillir un nouveau collaborateur, et vous souhaite bonne chance dans vos recherches."


Merci. J'apprécie.


"Je vous indique qu'il nous est impossible de donner une suite favorable à votre demande, notre Cabinet étant actuellement au complet. Avec mes regrets."


C'est pas grave. Je comprends, vous en faîtes pas.


"Je regrette de ne pouvoir vous répondre favorablement malgré la qualité de votre candidature. Je vous souhaite bonne chance."


C'est rien. Merci.


"Je ne suis pas à la recherche d'un collaborateur ou d'une collaboratrice. J'espère que vous trouverez rapidement le poste que vous recherchez."


Merci, c'est gentil.


Quelques-uns prennent même la peine d'une réponse par voie postale. C'est sympa quand même.


"Nous avons pris en compte votre offre spontanée de candidature. Nous ne pouvons malheureusement y satisfaire actuellement, aucun poste répondant aux compétences telles que décrites dans votre offre de services n'étant actuellement disponible au sein de notre Cabinet. Soyez assurée que nous conservons cependant cette proposition de candidature pendant une période de six mois."


Ah ! Tout n'est pas perdu alors. Tant qu'il y a de la motivation, y a de l'espoir.


(1) L'ordinateur.
Par TP
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Lundi 26 janvier 2009 1 26 /01 /Jan /2009 09:00

... le fameux doc13 auquel je tiens absolument à consacrer un paragraphe.

Je reçois un jour, en réponse à une candidature spontanée, un mail vide. Vide ? Pas tout à fait, il y a un document Word en fichier joint intitulé "doc13". Hum, c'est original, ça change un peu des sempiternelles trois lignes de regrets de " mes bien dévoués " Confrères, et 13 c'est un chiffre qui porte chance. Enfin y a deux écoles.

Voyons donc ce qui se cache derrière cette mystérieuse appellation. Une plaquette du Cabinet ? Un formulaire à remplir ? Un virus ? Un message ultra-confidentiel envoyé par erreur ? Un contrat de collaboration ? Tous les espoirs sont permis. Mon imagination est en effervescence. Sous mon regard fébrile, le doc13 se charge, s'ouvre, s'affiche, le suspens est à son comble… et je découvre… finalement… désappointée… la lettre bateau. Bête. Toute bête, dépourvue de style, bête quoi, que je décide cependant de lire consciencieusement, histoire de noter l'infini des variations sur le thème "T'es super mais on n'a pas besoin de toi et on est sûr que tu vas trouver, mais ailleurs". Et là, soudain, je suis ravie. Improbable, inespérée, inattendue, une pointe de déraison dans cet échange incolore et sans saveur, un zeste de folie entre ces mots uniformes et insipides: "Cher Monsieur…" C'est moi.


Je touche le fond, le comble de l'impersonnel, le doc13, la réponse qui ne vous différencie même pas selon votre sexe ! J'exagère ? Que nenni ! Le Diable est dans les détails mes amis !


La suite m'enthousiasme encore davantage: "Après un examen attentif de votre CV, nous sommes au regret de vous annoncer blablabla…" Un examen attentif de mon CV ? Ca y est, j'en tiens un, pris en flagrant-délit de foutage de gueule hypocrite !


Révoltée, je décide de réagir et je choisis l'humour pour tenter d'entrer en communication avec l'être humain dont le cœur doit grelotter quelque part, derrière le doc13:


"Cher(e) Madame/Monsieur, si vous aviez, comme vous l'affirmez, étudié mon CV avec attention, la photo qui y figure vous aurait certainement permis de constater que mon anatomie est des plus féminine. Cordialement."


J'envoie.


Je sens confusément que je m'engage sur une pente dangereuse, celle de la dérision, mais ça fait du bien quand même. Ca me permet d'extérioriser et d'en revenir à des pensées plus rationnelles, plus… motivées. Il a dû se gourer, "Chère Madame", ça devait être le doc12 ou le doc14. Ca arrive. C'est pas grave. C'était sympa quand même de prendre le temps de m'envoyer le doc13.

Par TP
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