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A PROPOS

J’ai décidé de publier sur ce blog, pour le fun mais aussi à titre informatif, le petit mémoire que j’ai écrit il y a deux ans et qui retrace la recherche d’emploi dans laquelle je me suis lancée à la fin de mes études entre novembre 2005 et fin 2006. A cette époque, j’avais 25 ans et je venais d’obtenir le CAPA (Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat). A force d’accumuler les déconvenues et d’être confrontée à des situations toutes plus grotesques et ubuesques les unes que les autres, j’ai fini par me dire que ça valait le coup de regrouper ces anecdotes et de raconter cette expérience de manière humoristique. Je me suis vraiment beaucoup amusée à cet exercice qui m'a aussi permis de prendre une distance apaisée avec mon vécu. J'ai également pensé qu'exprimer mes réactions "à chaud" et sans langue de bois sur la profession d'avocat, profession assez fermée et souvent objet de fantasmes et d'idées préconçues, pourrait être instructif pour le public en général et plus particulièrement pour les jeunes qui songeraient à embrasser cette carrière.

Quelques temps après avoir achevé l’écriture de ce petit « livre », j’ai finalement trouvé un poste et j'ai commencé à exercer en tant qu’Avocate début 2007. J’ai quitté ce premier emploi en fin d’année 2008 après deux années de collaboration. J’ai décidé hier de commencer l’écriture d’un 2e tome retraçant cette fois-ci cette première expérience professionnelle, qui vaut également son pesant de cacahouètes. Le style sera probablement différent, en adéquation avec ce que je suis aujourd’hui, mais dans cette même optique de conserver une trace de ce vécu, tant qu’il est encore frais dans mon esprit. Ce sont des détails, de petites phrases, des anecdotes, souvent, qui permettent d’appréhender une réalité et de faire tomber les masques. Mon vécu est très certainement proche de celui de tas d’autres personnes, même travaillant dans d’autres secteurs, mais il est si difficile, surtout quand on est jeune et qu’on débute, de se dégager de certains conditionnements et d’éviter les pièges d’un système pervers. La plupart font bonne figure. Bien que ça ne m’ai pas évité tous les chocs, j’ai eu la chance d’être un peu mieux préparée à tout ça, peut-être, que d’autres, ma mère étant elle-même dans la profession et ayant travaillé dans des contextes très similaires à ceux que j’ai rencontré (atavisme ?:).

Mais je commence à peine ce tome 2 et j’espère pouvoir trouver les mots et le temps pour le mener à terme. En attendant, je propose donc de publier le tome 1 sous forme de billets réguliers, dont le contenu est bien entendu protégé, ce qui me permettra également de l’améliorer au fur et à mesure, la première version ayant été écrite d’un trait sans relecture.

Afin de préserver l’anonymat des personnes évoquées, tous les noms et les lieux ont été modifiés. Pour le reste, tout est réel.

Très bonne lecture à ceux qui souhaiteront me lire !

Mardi 13 janvier 2009

 

Mesdames, Messieurs les employeurs, et tous les autres,

Je prends contact avec vous afin de vous présenter ma candidature spontanée… heu… afin de vous proposer mes services… afin de vous demander de bien vouloir … de bien vouloir… étudier ma candidature… j'ai un DEA en droit des affaires… quelques mentions… un DU (2) d'anglais et de droit anglo-américain… ah oui, le CAPA (1) aussi… j'ai fait quelques stages, deux ou trois oui… heu… non, point d'école de commerce, je n'ai que 25 ans s'il vous plait et seulement deux hémisphères cérébraux dont j'ai besoin au même endroit au même moment vu qu'ils fonctionnent simultanément (c'est comme ça chez les femmes !)… pas d'année d'étude à l'étranger non plus, ben non, j'avoue, j'ai été un peu flemmarde sur ce coup là, j'avais de quoi m'occuper en France… je me débrouille en anglais, mais non, je ne parle pas trois langues rares et deux langues mortes, c'est vrai… mais c'est pas grave ! L'important, ce qui va vraiment retenir votre attention, vous crisper les doigts sur le papier de ma modeste missive, vous électriser les synapses et vous dilater la pupille c'est, c'est… que j'ai l'esprit de service ! Et écoutez ça: j'ai très fortement envie de mettre à contribution mes qualités relationnelles et rédactionnelles ! Mais encore ? Je suis prête à mettre ma rigueur et ma souplesse, mon esprit critique et mes œillères, ma combativité pour résoudre les problèmes des autres (notamment les vôtres) et ma force d'inertie face à mon propre sentiment d'exploitation, ma pugnacité pour défendre vos intérêts et ma capacité de renoncement quant à la poursuite des miens (surtout quand ils s'opposent aux vôtres), mes heures, mon temps, ma disponibilité, mes forces, mon énergie, tout ça, tout ça, je suis prête à le mettre à votre disposition, si vous avez la gentillesse de bien vouloir me donner 1500 € par mois, pour que je puisse me louer un F2 et payer mes impôts comme une grande, je suis blonde aux yeux bleus, je fais 1 mètre 69, je sais marcher, parler, écrire, faire du café, jongler, et je suis motivée… je suis motivée…

 

Bon.

Il y a toujours une lettre de motivation de trop, celle qui fait basculer dans le non-sens, dans l'absurde, dans la tétanie, dans le vide intersidéral de l'inconsistance ! Et vous savez quoi : je crois bien que pour moi, c'est celle-là !

 

Je vais être franche et directe: je postule pour tout. De nos jours, il ne faut pas faire les difficiles ! Un poste est un poste. Un SMIC est un salaire. Les heures sup c'est l'esprit de service. Et puis il faut bien gagner son pain, se lancer sur le marché du travail, conquérir son autonomie, trouver sa place dans la société ! Pardi ! Maintenant qu'on a une tête bien pleine et des neurones au garde-à-vous, faut bien que quelqu'un en profite. C'est la moindre des choses.

 

Enfin, je postule pour tout… je veux dire, j'étudie toute proposition. Si vous êtes intéressés, je vous remercie de bien vouloir me faire parvenir votre offre d'emploi, manuscrite bien entendu, sur papier recyclable s'il vous plait (les entreprises investissent dans le développement durable, ce ne sont pas des conneries), accompagnée d'une lettre de motivation, manuscrite cela va de soi, et d'un curriculum vitae avec photo, ainsi que d'un échantillon d'ADN (récent).

Pour ceux qui n'auront pas reçu de réponse dans les six prochains mois, veuillez considérer que votre offre n'a malheureusement pas été retenue et vous procurer ce modeste petit ouvrage pour en connaître les pertinentes et efficientes raisons.

Pardonnez d'avance le caractère quelque peu impersonnel et standardisé de la réponse que vous allez lire. La même pour tous, je sais, c'est pas cool, limite vexant, vague impression d'être une boîte de haricots sur une chaîne d'usine. Que voulez-vous, souci d'économie et d'efficacité oblige. Mais ne vous inquiétez pas, on s'habitue vite.

 

La vérité c'est que je n'ai pas le temps, je cherche du travail n'oubliez pas, et c'est un travail à plein temps !


(1) Diplôme Universitaire
(2) Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat

Par TP - Communauté : Si mon travail t'était "conté"
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Mercredi 14 janvier 2009

Dans ma boîte mail, transmis par un ami:

 

"Salut les juristes,

 

Linda, ma maître de stage, m'a parlé d'une de ses amies qui part à Londres et qui libère un poste d'Avocat généraliste dans un Cabinet à Paris.

 

Le boss c'est le Président d'une grosse association très connue (bon élément je pense sur un CV).

 

Pour plus d'info, écrire à Anne.D@hotmail.com en précisant que vous venez de la part de Géraldine qui travaille avec Linda chez Butorama, histoire que la fille situe.

 

Elle va mettre une annonce sur le site "le village de la justice" donc c'est une exclusivité ! Si vous avez des connaissances fiables qui sont intéressées, n'hésitez pas à passer le mot.

 

Biz à tous.

 

Géraldine."

Ma première piste ! Si j'ai bien compris, Linda a dit a Géraldine qu'une de ses amies libérait un poste, et Géraldine a transmis l'info à mon ami qui à son tour me l'a transmise ! Wouah !

 
Je viens à peine de fêter mon diplôme, de prêter serment (1) et de réaliser que les études, c'est bel et bien fini. Jusque là je savais où j'allais, il suffisait d'enchaîner une année après l'autre, DEUG, Licence, Maîtrise, etc… Mais ce qui a été ma vie ces six dernières années vient de prendre fin. Enfin, j'ai intellectualisé la chose. Mais réalisé non, pas encore.

 
Mais pour bien comprendre comment on en vient à écrire une lettre de démotivation telle que celle-ci, il est nécessaire de revenir un petit peu en arrière.

J'ai obtenu mon DEA (2) en droit des affaires en 2004 à Limoges, et dans la foulée, j'ai passé l'examen d'entrée au CRFPA (3), plus connu sans doute sous le nom d’Ecole du Barreau. Comme j’ai été reçue à cet examen, et moyennant des droits d’inscription payables en plusieurs fois, j’ai pu intégrer cette fameuse école pour y suivre une année de formation, en alternant des cours et des stages.

J'ai, entre autres, eu l’occasion d’effectuer des stages auprès du Parquet, des magistrats du Siège et en maison d’arrêt. Mais le stage principal d’une durée de deux mois, devant faire l’objet d’un rapport et d’une soutenance lors de l’examen final, devait bien entendu se dérouler au sein d’un cabinet d’Avocats. C’est ainsi que j’ai côtoyé pendant ces quelques semaines, un pénaliste aguerri à la défense. Alors que ma formation était clairement orientée " droit des affaires " , plus par opportunité que par réelle vocation d’ailleurs, j'avais quand même envie de voir de plus près ce qu'était le noyau dur traditionnel de la profession d'Avocat : le droit pénal. Et puis après tout, je voulais être Profiler au FBI quand j'étais petite ! (4)

Je me suis pas mal intéressée à la criminologie et la victimologie, et ma mère elle-même Avocat, qui à l'époque travaillait dans le judiciaire et veillait à ce que je ne grandisse pas uniquement dans un cocon douillet, m'avait même permis d'assister à un procès d'assises, une affaire d'inceste qui exceptionnellement ne se déroulait pas à huis clos. (5)

Un peu plus tard, soucieuse de donner un peu de réalisme à mes ambitions enfantines, j'ai décidé de devenir "criminologue", profession qui malheureusement… n'existait pas en France. Il s'agissait plutôt d'une spécialité au sein d'autres professions liées à la psychologie, au droit ou à l'investigation.

Depuis, j’ai été poursuivie, de manière cyclique, par le spectre d’un "Avocat pénaliste ". Au collège déjà, j'ai effectué mon stage d’une semaine " découverte d'un métier " dans le Cabinet judiciaire où travaillait ma mère, et mon compte-rendu s'intitulait " l'Avocat pénaliste ". Rebelotte en première année de fac, à l'occasion du module PPP (6) dont le principe était d’interviewer un professionnel dans le métier de son choix. Je me suis alors retrouvée face à un des pénalistes les plus réputé de la région, personnage de pouvoir qui m'a d'ailleurs laissée assez dubitative. Quoiqu'il en soit, mon mémoire s'intitulait… "L'Avocat pénaliste".

Et voilà que je remets le couvert pour ce fameux stage de deux mois dans le cadre de ma formation au CRFPA. Maître C., pénaliste donc, donne des cours à l'école. Pointu dans son domaine, mais en même temps, un peu ailleurs. Il ne fait pas Avocat et c'est vrai, je le trouve plutôt séduisant. Je me décide donc à le retenir à la fin d'un cours pour lui demander s'il accepterait que je fasse mon stage au sein de son Cabinet. Il accepte.

Quelques jours plus tard, dans son bureau, je découvre, atterrée, toute une bibliothèque bourrée d'ouvrages de criminologie. J’assiste à des interrogatoires dans les cabinets des Juges d’Instruction et à de nombreux entretiens avec les " clients " qui, pour certains, il faut bien le dire, ont l’air franchement cinglés. D’autres ont touché le fond, emberlificotés dans des situations inextricables. La misère humaine est omniprésente, quotidienne, on baigne dedans, c’est le fonds de commerce de la profession et il est inépuisable bien que pas forcément toujours très rentable. Nous irons même visiter quelques malabars en prison. Mais l’apothéose de cette aventure est atteinte, sans le moindre doute, lors de la session d’Assises qui se déroule pendant la durée de mon stage. La quasi totalité des affaires concernent des faits de viol ou d’inceste. C’est le tout-venant de l’activité judiciaire. On n’imagine pas à quel point c’est courant. J’assiste à un ou deux procès qui se déroulent sur plusieurs jours puis, au détour d’un café, Maître C. me propose de but en blanc… de plaider dans la prochaine affaire. Quand j’y repense, je me demande encore comment je fais à cet instant pour ne pas partir en courant. Je reste calme, ça a l’air tellement banal pour lui. Moi je trouve ça assez surréaliste. Pourtant je n’hésite pas vraiment à accepter. Sans doute, dans ma stupeur, ai-je quand même conscience du caractère extraordinaire et unique d’une telle expérience. Il va sans dire qu'on ne propose jamais ce genre d’exercice aux stagiaires, et même après plusieurs années de barre, de nombreux Avocats refusent de se frotter aux Assises. Et moi qui n’ai jamais plaidé de ma vie, même devant un brave Juge de proximité. Cela dit, je n’ai pas eu trop le temps, ni de réfléchir, ni de prendre peur. Sous mon nez: un dossier de quinze centimètres d'épaisseur. Au programme : la défense d'un grand-père accusé de pénétrations digitales sur cinq de ses petites-filles. La surprise du chef : un week-end pour préparer.

Je n'ai jamais su si je devais cette indescriptible expérience à la confiance ou à l'inconscience de mon maître de stage. Je penche assez pour la deuxième hypothèse…

J'espère au moins que j'ai libéré une partie de mon karma à cette occasion et qu'un nouvel Avocat pénaliste ne m'attend pas au tournant, quelque part…

 


 

(1) L'Avocat doit, avant son inscription au tableau d'un Barreau, prêter serment devant la Cour d'appel dans les termes suivants : "Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité".

(2) Diplôme d’Etudes Approfondies (ancien nom de l’actuel Master II)

(3) Centre Régional de Formation à la Profession d'Avocat
(4) A n’en pas douter, c’était la belle époque des agents Mulder et Scully !

(5) Expression utilisée en droit pénal pour signifier que le public est exclu de la salle d'audience où se déroulent les débats. Cette exception au principe de la publicité des débats judiciaires est mise en œuvre par la juridiction lorsqu'il y a un risque d'atteinte aux bonnes mœurs ou à l'ordre public.

(6) Projet Personnel et Professionnel

Par TP
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Jeudi 15 janvier 2009

 

... mon ami Robin, qui a lui même, dans sa besace, de quoi me fournir quelques anecdotes croustillantes pour illustrer ma lettre de démotivation. Robin, c'est mon acolyte de fac. On a séché les cours d'IEJ (1) ensemble, "révisé" l'examen d'entrée au CRFPA ensemble et toujours dans un bel ensemble, on a intégré l'Ecole du Barreau, avec la même note ! Au centième près ! (Un pur hasard, je précise pour les esprits soupçonneux).

Outre mon psychanalyste des profondeurs (imbattable pour dresser un portrait psy saisissant de moi-même et de mes petits copains), mon assistante sociale (le fils de Huggy les bons tuyaux et de Jo la débrouille, c'est lui ; aucune bourse, aucune allocation, aucune aide financière n'a jamais résisté à sa prose déchirante et à sa déclaration de revenus à bulle), mon voyant personnel (il me transmit même, par écriture automatique, quelques messages émanant de mon arrière-grand-mère décédée !), il fût pour moi (et là je redeviens tout à fait sérieuse), il fût pour moi un soutien moral indéfectible pendant toute cette année mouvementée à l'Ecole du Barreau de Limoges où l'on tentait de nous apprendre à devenir de bons petits Avocats bien dressés, le doigt sur la couture du pantalon. Et de nous inculquer les règles déontologiques de cette noble profession: la conscience, la dignité, l'humanité, la courtoisie, et j'en passe. Enfin, si papa et maman n'ont pas fait leur boulot, c'est un peu tard à mon avis. Mais ceci est un autre débat.


Comprenons-nous bien. Je ne veux pas, comme ça, de but en blanc, faire preuve d'ironie désobligeante ou m'embourber dans de grossières généralités. Cela me décrédibiliserait d'entrée de jeu et ce n'est pas ce que je veux. Mes démotivations sont sérieuses, et je tiens à ce qu'elles soient accueillies comme telles. Je précise donc que certains Avocats sont très attachés à ces valeurs qu’ils respectent, sans aucun doute. Et font tout leur possible pour en demeurer les fidèles serviteurs.
 

J'en veux pour exemple percutant, l'Avocat chez qui Robin a effectué son stage de deux mois: Maître N. . Un pur, fervent adepte et défenseur de l'ordre moral, des bonnes manières et des anciennes valeurs. Un poil engoncé, peut-être, dans un catéchisme et quelques concepts aristo-royalistes (mal digérés), mais tout de même, "Lauréat de la faculté", c'est écrit sur sa plaque.


Bon, il est vrai que Robin n'a pu assister à aucun entretien avec la clientèle durant ces deux mois de stage, et que l'essentiel de son travail a consisté à éplucher chez lui une pile de dossiers chiants comme la pluie, sur lesquels Maître N., flairant la faille narcissique, l'a mis au défi de conclure.


Mais là n'est pas l'essentiel. Robin a également appris à manger son croissant avec une fourchette, ainsi que quelques règles grammaticales insoupçonnées de la langue française ; et notamment qu'il était possible de s'exprimer à la première personne (du pluriel):


"C'est avec grand plaisir que Nous vous accueillons dans Notre Cabinet…

- Qui Nous ? Vous et la plante verte ?

- Et bien Nous ! Ma personne ! Notre Cabinet !"


Maître N. serait-il en proie à quelque dédoublement schizophrénique de personnalité, tel Gollum luttant contre son double maléfique dans le Seigneurs des Anneaux ? Mais, ne soyons pas moqueur, il faut bien le reconnaître, même si l'effet est des plus surprenant au départ : c'est quand même le comble du raffinement linguistique, le summum de l'élégance littéraire, que dis-je, le fleuron de la distinction oratoire ! La classe quoi ! Ou plus simplement, peut-être, une façon de se "vous-voyer" soi-même… Même Monsieur DELON n'y avait pas pensé.


Robin a aussi vu du pays. Il a notamment effectué un petit voyage à Versailles aux côtés de Maître N. qui, après un entretien de quelques minutes avec un important client, lui a fait une visite guidée en règle des jardins du plus célèbre château de France. Pour la petite histoire, je me trouvais à ce moment là au tribunal de police où le juge était au bord de la crise de nerf: "Où est Maître N. ! Quelqu'un peut-il aller le chercher ! On ne va pas encore renvoyer son affaire !".


Pour achever cet hommage inspiré, sachez que notre Homme, soucieux peut-être de donner un peu de consistance à ce Nous qui lui est si cher (ou d'épuiser son stock de dossiers maudits), proposera plus tard à Robin un poste de collaborateur dans son Cabinet. Plus vraisemblablement, il cherche un successeur, un Noble Avocat susceptible de reprendre le flambeau pour qu'il puisse enfin, après ces années de combat au côté de la veuve et de l'orphelin, réaliser son rêve d'enfance: se lancer dans une carrière d'investisseur immobilier (devenir rentier quoi). Mais Robin déclinera poliment, souhaitant manifestement conserver le droit de manger ses croissants "à la sauvage".


 

(1) Institut d'Etudes Judiciaires : vise à la préparation de l'examen d'entrée au CRFPA et au concours de la magistrature.

Par TP
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Vendredi 16 janvier 2009

... le CAPA en poche. Je suis Avocat-stagiaire. Cela signifie que je dois me trouver un patron de stage et travailler sous le statut de collaborateur pendant deux années, au terme desquelles, je deviens Avocat tout court. Je peux alors être inscrite au grand tableau et concrètement, poser ma plaque (ou conserver le statut de collaborateur si je le désire).


Voici quelques repères fondamentaux sur ce contrat de collaboration, histoire de bien situer les choses.


La collaboration (non salariée) est un mode d'exercice professionnel libéral, ce qui signifie qu'il n'y a aucun lien de subordination entre le collaborateur et son "patron" ou maître de stage. Le contrat doit comporter certaines clauses obligatoires, et prévoit notamment que le "patron" doit mettre à la disposition de son collaborateur les moyens matériels nécessaires à l'exercice de la profession (bureau, secrétariat, téléphone, documentation…), y compris pour le service des clients personnels du collaborateur. En effet, ce dernier travaille pour son compte et a le droit d'avoir du temps pour développer sa propre clientèle. Il est également libre de choisir les moyens de sa défense dans les dossiers qu'il traite. Quant à la somme versée chaque mois par le "patron" au collaborateur, elle ne s'apparente en aucun cas à un salaire. Il s'agit d'une rétrocession d'honoraires. C'est un peu comme si le collaborateur effectuait une sous-traitance pour le compte du "patron" en prenant en charge un certain nombre de ses dossiers, et qu'il était rémunéré pour ce travail comme il le serait par un client. Il s'agit donc d'une interaction sur un pied d'égalité entre deux professionnels libéraux, liés par un contrat.


Voilà pour la théorie. Nous verrons que concrètement, un rapport de force s'instaure de fait la plupart du temps, au détriment du jeune collaborateur, qui a souvent tendance à se comporter en "subordonné", à la merci d'un "patron" tout-puissant. "Patron", curieuse appellation…


Enfin, il est important de signaler que ma promotion est une promotion un peu bâtarde, à cheval sur une réforme qui supprime l'obligation de stage de deux ans. Pour uniformiser le régime, il est prévu qu'à partir de septembre 2007, il ne sera plus nécessaire pour personne d'effectuer ces deux années de stage en tant que collaborateur, y compris pour ceux de ma promotion qui ne l'ont pas encore débuté.


Je vous épargne à ce sujet les détails du débat qui a abouti à cette solution, débat né d'une contradiction entre la loi et le décret instituant le nouveau régime… Pendant un bon petit moment, personne n'a été capable de savoir exactement ce qui allait se passer pour nous. Même notre brillant délégué envoyé en mission auprès du Bâtonnier (1) , n'a pas été en mesure de nous ramener une explication compréhensible.


Mais depuis, les choses se sont éclaircies. Fin 2007, stage de deux ans accompli ou non, les diplômés de ma promotion seront tous Avocat à part entière, dégagés de l'obligation de stage.


Pour l'instant, je ne vois pas si loin, j'ai une vague motivation pré-fabriquée de sortie d'Ecole: trouver une collaboration. Je ne sais pas trop comment je vais m'y prendre, mais j'ai tout mon temps…


J'ai envie de me reposer, de souffler un peu avant d'attaquer sérieusement mes recherches.


Mais avant d'en arriver à cet état de sagesse avancé, il a fallu que j'en passe par un petit moment de panique généralisée.


(1) La profession d'Avocat est organisée en Barreaux autonomes, correspondant à la circonscription d'un Tribunal de Grande Instance. Au sein de chaque Barreau, il y a un Conseil de l'Ordre dont le "Chef" élu s'appelle le Bâtonnier. Ce Bâtonnier remplit diverses fonctions, notamment celles de représentant et de porte-parole. Il a également un droit de regard sur les activités des Avocats (respect de la déontologie, etc) et un rôle général de prévention et de conciliation des conflits impliquant un membre de la profession.

Par TP
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Lundi 19 janvier 2009

 

Tout ce que je sais maintenant, c'est que je vais devoir me mettre en quête d'un boulot, d'un vrai boulot. Bientôt. C'est la prochaine étape. Quand on ne sait pas trop où on va ni pourquoi, on enchaîne des étapes. Ca rassure. C'est fait pour ça.


Devant moi donc, plutôt que le vide, la prochaine étape: trouver du boulot. Ca a même quelque chose d'excitant, quand on y réfléchit : trouver du boulot, c'est gagner sa vie, prendre un appart, ne plus dépendre de ses parents, être autonome…


Enfin, comme on n'est pas (tout à fait) abrutis non plus quand on sort de l'Ecole, on sait que ça, c'est le bon côté de la médaille, mais qu'il y a aussi le revers, le côté auquel on préfère ne pas trop penser, celui qu'on a pu observer parfois, souvent… Ces gens qui ont du mal à se lever le matin par exemple, et vont au bureau comme des somnambules, rentrent le soir épuisés et se scotchent devant la première chaîne pour tenir à distance les réflexions trop déstabilisantes. Nettoyage par le vide. Qu'ont-ils fait ces gens là, pour se mettre dans un état pareil ? Manquent-ils d'énergie, d'ambition, de volonté ? Ils ont plutôt l'air de manquer… de motivation… Ils fonctionnent, mais en pilotage automatique. Oui, c'est ça, ils sont démotivés. Mais que leur est-il arrivé ?


Il y a aussi les surexcités qui s'auto-boostent convulsivement. Dès qu'ils ne sont pas dopés à l'adrénaline, aux phéromones, aux euphorisants, au surmenage, à la sensation de pouvoir, ou autres (il y en a pour tous les goûts) la dépression pointe le bout de son nez. Alors il faut sans cesse alimenter la machine. Il faut s'enthousiasmer, se galvaniser, se responsabiliser, se passionner pour son boulot ou pour autre chose. Il faut s'éclater dans la vie ! Faire ce qu'on aime ! Ce qu'on est censé aimer ! Que sais-je ! L'émotion peine à venir, la motivation aussi, alors on commence à forcer un peu le trait et finalement, on finit par se les créer de toutes pièces les émotions, les buts, les envies, les rêves. Super méga top génialissime ! Ca sonne creux, mais peu importe, on ne fait plus la différence, les autres non plus d'ailleurs, occupés qu'ils sont, eux aussi, à essayer de jouir… Bref, on finit par y croire soi-même. Sauf quand les lumières s'éteignent… Mais là encore, les spécialistes ont pensé à tout: on peut toujours se bourrer de calmants ou de somnifères.


Perso, je conseille plutôt un bon bain chaud à l'huile essentielle de lavande et une petite verveine menthe.


Et puis il y a beaucoup de chômage chez les jeunes paraît-il. Ca, quand on sort de longues études, on le sait car on lit les journaux, on regarde les infos, de la première chaîne notamment. On voit passer des petits graphiques avec des chiffres, une image s'imprime dans nos têtes… On a gagné deux dixièmes ! Génial ! Ah non ? Merde, c'est pas bon ? Ah c'est le chômage qui a augmenté… Scusez-moi, j'étais distraite, j'ai vu une courbe avec une flèche vers le haut, j'ai cru qu'il y avait un truc à fêter ! Bref, on ne se sent pas vraiment concernés en fin de compte, ça existe voilà, et encore on n’en est même pas certain, tout est suspect, car c'est bien connu, nos cerveaux sont sous influence.


Tout ça tourbillonne dans ma tête. Confusément, j'ai l'impression que je dois m' y mettre tout de suite à cette recherche d'emploi, maintenant, sans attendre, histoire d'enchaîner sans temps mort. Histoire de ne pas me poser trop de questions au sujet de ces gens démotivés. Histoire d'avancer. De ne pas me refroidir. Je suis en urgence intérieurement. C'est un tournant, j'ai envie de le prendre le plus rapidement possible, il le faut, comme ça c'est fait, on n'en parle plus…


Heureusement qu'une bonne âme veille sur moi : "Mais calme toi ! Tu as tout ton temps, on ne fait que des conneries dans la précipitation."

Par TP
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